Dictionnaire des Saints guerisseurs et des Saints dont le nom est associé à une maladie par le Docteur Michel Dupont

Jusqu’au XIXe siècle, l’efficacité de la médecine était très modeste, et les malades préféraient s’adresser aux saints guérisseurs. On donnait les noms des plus célèbres d’entre eux aux maladies qu’ils étaient censés guérir :

Marcoul

Mal de Saint Marcoul : Les écrouelles

Né dans la colonie saxonne implantée à Bayeux, il est ordonné prêtre ; Childebert Ier lui donne un terrain dans le Cotentin pour bâtir un monastère. Il entre en relation avec St Hélier, qui évangélisera Jersey. Là, il l'assistera dans ses derniers moments, en 558. Durant les invasions normandes, ses reliques furent transférées dans l'Aisne, à Corbery, où les rois de France allaient en pèlerinage avant de procéder au toucher des écrouelles. Le septième enfant mâle, appelé Macou, aurait le même pouvoir de guérison.

Genou

Mal de Saint Genou : La goutte

Il vécut au IIIe siècle, et sa fête est célébrée le 17 janvier. Envoyé par le pape Sixte II pour évangéliser la Gaule, il résida à Selles St-Denis, qui s'appelait auparavant Selles Saint-Genou, puis il fut évêque de Cahors. Il est particulièrement vénéré en Sologne, et une commune de l'Indre porte son nom.

Lambert

D'une famille riche et chrétienne de Maastricht, il est élevé à l'évêché de Tongres et devient le conseiller de Childéric ; destitué de son évêché à la mort du roi, il est assassiné à Liège ; il est invoqué contre les maladies des reins.

Fiacre

Mal de Saint Fiacre : Les hémorroïdes

Vécut au VIe siècle ; fils du roi d'Écosse, il part en France se retirer près de Meaux où il fonde un couvent et s'y adonne à l'agriculture, utilisant tous les produits de l'exploitation pour nourrir les nombreux pèlerins et malades qui se pressent, attirés par sa renommée. Des envoyés d'Écosse viennent lui proposer la couronne du royaume d'Écosse, mais à sa demande, Dieu le défigure à un point tel que les envoyés renoncent à leur mission. Il meurt dans son ermitage et de nombreux miracles se seraient succédé sur sa tombe.

Eutrope de Saintes

A vécu au Ier siècle ap. J. C. Grec d'origine, il est envoyé par le pape St Clément évangéliser la Saintonge. Il convertit même la fille du gouverneur romain mais il meurt lapidé et achevé d'un coup de hache. Ses reliques sont placées dans la crypte de l'église de Saintes.

Maur

Mal de Saint Maur : La goutte

Moine italien, de l'abbaye du Mont-Cassin, disciple de St-Benoît, il diffusa la règle bénédictine en Gaule au VIe siècle. Célèbre est la légende qui le décrit marchant sur un lac pour sauver le jeune Placide (futur St Placide) tombé à l'eau. Ses reliques sont à l'abbaye de St-Maur-des-Fossés.

Piat

Originaire d'Italie, il évangélise la région de Chartres puis la région de Tournai ; il est invoqué contre les céphalées et les fièvres.

Apolline

Jeune fille vivant à Alexandrie, en 248, lors du massacre des chrétiens, on lui brisa d'abord la mâchoire et les dents puis, comme on lui donnait le choix entre l'apostasie et le bûcher, elle se précipita dans les flammes ; invoquée pour les maux de dents, l'iconographie la montre une tenaille entre les dents.

Badilon

Originaire du Hainaut, moine à Vézelay, il aurait ramené depuis St-Maximin, les reliques de Marie-Madeleine ; invoqué pendant les épidémies.

Antoine de Padoue

Le Feu de Saint Antoine : les douleurs du zona

Né à Lisbonne en 1195, il entre au monastère augustinien de Sao Vicente puis à Coimbra où il étudie les sciences humaines et la théologie ; prêtre en 1220, il entre chez les Franciscains, séjourne au Maroc qu'il doit quitter pour raison de santé, il arrive en Sicile, puis à Assise où il vit en ermite au Monte Paolo ; puis à la demande de ses supérieurs, il devient prédicateur en Romagne, à Rimini, à Bologne ; à la demande de St François, il enseigne la théologie et il est nommé docteur de l'Église ; il est envoyé prêcher chez les Albigeois, à Montpellier, puis à Limoges, à Bourges, au Puy en Velay ; rentré en Italie, il est supérieur provincial en 1227 ; il séjourne à Padoue où il écrit ses célèbres Sermons et il se retire à l'ermitage de Camposanpierro où il meurt en 1231 ; il fut canonisé dès 1232.

Rita

Née à Cascia, en Ombrie, en 1381, après avoir été mariée et mère de jumeaux, veuve, elle rentre au couvent et sa vie légendaire est parsemée de faits miraculeux et de guérisons spectaculaires : elle est la patronne des causes désespérées et elle est invoquée pour guérir les cancers.

Quentin

Noble citoyen romain, il fut arrêté à Amiens, étiré sur un chevalet, roué de nerfs de bœuf, enduit de graisse bouillante, embroché, cloué et décapité ; 50 ans après son corps fut retrouvé en parfait état et enseveli ; une église fut bâtie en ce lieu ; il est prié contre les entorses, l'hydropisie et la coqueluche.

Sebastien

Natif de Narbonne, martyrisé par Dioclétien, alors qu'il était capitaine de sa Garde prétorienne mais qu'il s'était converti au christianisme : ses soldats, chargés de le transpercer de flèches s'arrangèrent pour le conserver en vie et il se rendit près de l'empereur pour lui reprocher sa cruauté envers les chrétiens : l'empereur le fit rouer de coups et jeter dans un égout ; il est le patron des archers mais il est aussi invoqué contre la peste car une épidémie se serait arrêtée à Pavie lors de l'édification d'une chapelle qui lui fut dédiée.

Mathurin

Mal de Saint Mathurin : La folie

Né à Larchant à la fin du IIIe siècle d'un père chargé d'exterminer les chrétiens par l'empereur Maximien, il est baptisé secrètement à 12 ans, convertit ses parents, devient prêtre à 20 ans ; la légende dit qu'il aurait bénéficié d'un don pour calmer les énergumènes et chasser les démons. Sa réputation s'étend : emmené à Rome pour soigner Théodora, la belle-fille de l'empereur, il lui fait boire de l'huile qu'elle vomit avec le démon. Il vécut encore 3 ans à Rome. Son corps fut ramené à Larchant . Invoqué pour les fous et les "épouses insupportables", il est le patron des bouffons, des clowns, mais aussi des marins en Bretagne et des potiers d'étain à Paris. Sa fête est le 1er novembre.

Barbe

Fille d'un satrape d'Asie Mineure au IIIe siècle, elle fut décapitée par son propre père ; celui-ci est sur le champ frappé par la foudre et réduit en cendres : elle est invoquée contre la mort subite et contre les brûlures et les fièvres.

Martin

Mal de Saint Martin : L'ivresse

Fils d'un officier de la cavalerie romaine, né en Pannonie vers 316, il est élevé à Pavie où son père s'est retiré. À 10 ans, il demande à être instruit dans la religion chrétienne puis souhaite mener une vie monastique, mais son père, païen, l'enrôle de force dans la cavalerie romaine. Lors d'un passage de sa cohorte près d'Amiens, âgé de 18 ans, il coupe en deux sa cape et en donne la moitié à un mendiant croisé sur la route (pourquoi la moitié, parce que selon la coutume, l'autre moitié ne lui appartenait pas mais appartenait à la cavalerie). À 40 ans, rendu à la vie civile, il se rend à Poitiers où il reçoit de l'évêque St Hilaire le plus bas des ordres mineurs, par humilité. Il part évangéliser la Pannonie puis revient en Gaule : ordonné prêtre, il fonde un monastère à Ligugé où les chrétiens de Tours viennent le kidnapper pour le porter sur le trône épiscopal ; il est sacré le 4 juillet 371. Il fonde un monastère à Marmoutiers où il mène une vie simple. Il aurait évangélisé la région de Trèves et le Luxembourg. Mort en 397, une église est érigée à Tours où se recueilleront Clovis, Charlemagne, Philippe-Auguste, St-Louis, Henri IV, Louis XIV. Sa fête est célébrée le 11 novembre.

Leonard

Il combat avec Clovis, son cousin et il est baptisé en même temps que lui puis après avoir vécu en ermite dans les forêts du Limousin, il revient pour évangéliser le peuple et les princes ; il retourne terminer sa vie dans la solitude sylvestre ; il soigne les rhumatismes et l'épilepsie.

Clement

Disciple de St Paul, il succède à Pierre sur le Siège de Rome ; exilé en Crimée, il fut martyrisé par la noyade : il retrouve et soigne les noyés.

Etienne

Le premier des sept diacres, il est condamné à être lapidé par le Sanhédrin, en 36, il sera le premier martyr ; tué par des pierres, il est invoqué contre les calculs ou pierres de la vessie.

Antoine de Thèbes ou le Cénobite (251 - 356)

Le Feu Saint Antoine : l'ergotisme

Ami de l'évêque d'Alexandrie, Athanase, qui écrira sa vie, il fuira la persécution de l'empereur Dioclétien et deviendra ermite dans le désert d'Égypte ; il est à l'origine de l'érémitisme qui prône la recherche spirituelle dans la solitude, le silence et la méditation. Comme la solitude peut être dangereuse, et très célèbre est l'épisode de sa tentation, où le diable qui aurait pris l'apparence d'un cochon, lui aurait proposé des jeunes femmes désirables à souhait, et à laquelle il aurait résisté, le cochon devenant alors un paisible compagnon : cette péripétie a été reprise en romans (Flaubert), en peinture (Teniers, Bosch, Tiepolo, Véronèse, Cézanne, Dali) et en musique. Il fut élaboré le cénobitisme, qui conseille aux ermites de se regrouper : il y eut jusqu'à 10 000 ermites en Égypte. Arles se targue de conserver les reliques du saint. Il est souvent représenté avec un cochon à ses pieds ou tenant une clochette. Il est invoqué depuis une 'épidémie' d'ergotisme qui eut lieu en France au XIe siècle et pendant laquelle les prières qui lui furent dédiées auraient permis de nombreuses guérisons.

Gerard de Brogne

D'abord soldat, il choisit la vie monastique chez les Bénédictins ; il s'initie à St-Denis près de Paris puis il fonde une abbaye dans sa région près de Namur ; il meurt en 959 ; il est invoqué contre les convulsions et les maladies du foie.