Dictionnaire des Saints guerisseurs et des Saints dont le nom est associé à une maladie par le Docteur Michel Dupont

Jusqu’au XIXe siècle, l’efficacité de la médecine était très modeste, et les malades préféraient s’adresser aux saints guérisseurs. On donnait les noms des plus célèbres d’entre eux aux maladies qu’ils étaient censés guérir :

Sebastien

Natif de Narbonne, martyrisé par Dioclétien, alors qu'il était capitaine de sa Garde prétorienne mais qu'il s'était converti au christianisme : ses soldats, chargés de le transpercer de flèches s'arrangèrent pour le conserver en vie et il se rendit près de l'empereur pour lui reprocher sa cruauté envers les chrétiens : l'empereur le fit rouer de coups et jeter dans un égout ; il est le patron des archers mais il est aussi invoqué contre la peste car une épidémie se serait arrêtée à Pavie lors de l'édification d'une chapelle qui lui fut dédiée.

Barthélémy

Mal de Saint Barthélémy : Les convulsions

Disciple qui accompagne le Christ durant sa vie, part après la Pentecôte évangéliser l'Inde puis l'Arménie où il finit écorché vif. Enterré à Albane, son tombeau y est tellement vénéré par les fidèles que les autorités décident de le jeter à la mer dans un cercueil de plomb qui aurait flotté jusqu'à l'île de Lipari, près de la Sicile.

Badilon

Originaire du Hainaut, moine à Vézelay, il aurait ramené depuis St-Maximin, les reliques de Marie-Madeleine ; invoqué pendant les épidémies.

Gerard de Brogne

D'abord soldat, il choisit la vie monastique chez les Bénédictins ; il s'initie à St-Denis près de Paris puis il fonde une abbaye dans sa région près de Namur ; il meurt en 959 ; il est invoqué contre les convulsions et les maladies du foie.

Martin

Mal de Saint Martin : L'ivresse

Fils d'un officier de la cavalerie romaine, né en Pannonie vers 316, il est élevé à Pavie où son père s'est retiré. À 10 ans, il demande à être instruit dans la religion chrétienne puis souhaite mener une vie monastique, mais son père, païen, l'enrôle de force dans la cavalerie romaine. Lors d'un passage de sa cohorte près d'Amiens, âgé de 18 ans, il coupe en deux sa cape et en donne la moitié à un mendiant croisé sur la route (pourquoi la moitié, parce que selon la coutume, l'autre moitié ne lui appartenait pas mais appartenait à la cavalerie). À 40 ans, rendu à la vie civile, il se rend à Poitiers où il reçoit de l'évêque St Hilaire le plus bas des ordres mineurs, par humilité. Il part évangéliser la Pannonie puis revient en Gaule : ordonné prêtre, il fonde un monastère à Ligugé où les chrétiens de Tours viennent le kidnapper pour le porter sur le trône épiscopal ; il est sacré le 4 juillet 371. Il fonde un monastère à Marmoutiers où il mène une vie simple. Il aurait évangélisé la région de Trèves et le Luxembourg. Mort en 397, une église est érigée à Tours où se recueilleront Clovis, Charlemagne, Philippe-Auguste, St-Louis, Henri IV, Louis XIV. Sa fête est célébrée le 11 novembre.

Erasme

Évêque d'Antioche au IIIe siècle, il fuit les persécutions au Liban puis en Italie en Campanie où il sera martyrisé, arrosé à l'huile bouillante et ses viscères dénudés et enroulés autour d'un cabestan : il est invoqué pour les maux d'intestin. Comme il prêchait lors d'un violent orage, le ciel resta clément là où il siégeait, les marins l'ont pris comme protecteur.

Lambert

D'une famille riche et chrétienne de Maastricht, il est élevé à l'évêché de Tongres et devient le conseiller de Childéric ; destitué de son évêché à la mort du roi, il est assassiné à Liège ; il est invoqué contre les maladies des reins.

Aignan (358 - 453)

Évêque de Chartres, il aurait protégé la ville d'Orléans, lors d'un siège par les Huns en 451 ; il est invoqué pour les maladies de peau.

Mercurial

Chevalier aragonais, il participe à la reconquête de l'Espagne et il est tué à Vielle Louron par les Sarrasins ; il aurait guéri un roi d'Espagne du diabète et il est donc invoqué par les diabétiques.

Aldegonde (Cousolre 630 - 684)

Fille d'un notable de la cour du roi Dagobert, elle s'installe en ermite dans la forêt de Malbode (futur Maubeuge) où elle mourut d'un cancer ; on la prie pour les fièvres et migraines, les maladies des yeux et les tumeurs des seins.

Agathe

Originaire de Catane en Sicile, elle fut martyrisée en 251 sur l'ordre du préfet Quintianus pour avoir refusé d'abjurer sa foi ; elle fut violée et brûlée ; elle est représentée portant ses deux seins sur un plateau, en évocation de son supplice : patronne des nourrices (contre l'agalactie)

Gildas

Mal de Saint Gildas : La folie

Il naquit à la fin du IVe siècle à Arecluda, dans une famille chrétienne. Après ses études à l'abbaye de Llancarvan, il part évangéliser l'Écosse puis l'Irlande, où il réorganise les monastères. Il fait un voyage en Italie, séjourne à Ravenne, puis, au retour, il fonde le monastère de Rhuis qu'il quitte pour se retirer dans un ermitage sur les bords du Blavet où il mourut. Il avait écrit le De Excidio où il décrit l'histoire de la Grande Bretagne et de la conquête romaine, mais où il admoneste aussi la noblesse et le clergé pour les inciter à mener une vie conforme à leur Foi.

Laurent

Diacre, il est arrêté en même temps que le pape Sixte II alors que celui-ci célèbre l'Eucharistie, le 6 Août 258 ; torturé afin qu'il livre les archives de l'église ; l'épisode du supplice sur le gril paraît légendaire néanmoins il lui vaut d'être le patron des cuisiniers et d'être invoqué contre le mal de dos.

Rita

Née à Cascia, en Ombrie, en 1381, après avoir été mariée et mère de jumeaux, veuve, elle rentre au couvent et sa vie légendaire est parsemée de faits miraculeux et de guérisons spectaculaires : elle est la patronne des causes désespérées et elle est invoquée pour guérir les cancers.

Florian

Officier de l'armée romaine et fonctionnaire en Autriche, il est arrêté alors qu'il tente de réconforter des prisonniers chrétiens et il est jeté dans la rivière Enns, une pierre au cou : il est invoqué contre les noyades.

Leopold

Né à Melk en 1073, Margrave d'Autriche, parent de Frédéric Barberousse, il transforme son palais en asile pour les pauvres et les orphelins ; il fonda les abbayes de Klosterneuburg et de Mariazell ; sa fête est un jour férié en Autriche ; il est réputé soulager les douleurs abdominales.

Gilles (640 – 720)

Mal de Saint Gilles : Le cancer

Athénien de race royale, à la mort de ses parents, il donne tous ses biens aux pauvres puis il quitte son pays et se retire dans une forêt près de Marseille, se contentant pour toute subsistance du lait d'une biche. Lors d'une chasse, Wanda, le roi des Wisigoths, le rencontre et, admiratif, il protège la biche sur le point d'être abattue et fait construire sur le lieu un monastère.

Reine

Mal de Sainte Reine : La gale

Décapitée à l'âge de 16 ans en 252 à Alesia (Alise Sainte-Reine). Son culte est attesté par une basilique érigée au Ve siècle sur son sarcophage à Alise. Sa fête est le 7 septembre : à la Sainte Reine, sème ton bon grain. Il existe une autre Sainte Reine qui était veuve et qui fonda un monastère à Denain au VIIIe siècle. Sa fête est célébrée le 1er juillet.

Clement

Disciple de St Paul, il succède à Pierre sur le Siège de Rome ; exilé en Crimée, il fut martyrisé par la noyade : il retrouve et soigne les noyés.

Lazare

Mal de Saint Lazare ou Ladre : La lèpre

D'une riche famille juive, frère de Marthe et Marie-Madeleine, les saintes femmes de l'Évangile, il est maltraité ainsi que ses sœurs en l'an 35 et mis dans un bateau qui aurait navigué jusqu'à Marseille, dont il devint le premier évêque. Emprisonné pour ne pas avoir sacrifié aux idoles, il fut décapité. Sa tête serait restée à Marseille, et les reliques de son corps transportées à Autun.

Antoine de Thèbes ou le Cénobite (251 - 356)

Le Feu Saint Antoine : l'ergotisme

Ami de l'évêque d'Alexandrie, Athanase, qui écrira sa vie, il fuira la persécution de l'empereur Dioclétien et deviendra ermite dans le désert d'Égypte ; il est à l'origine de l'érémitisme qui prône la recherche spirituelle dans la solitude, le silence et la méditation. Comme la solitude peut être dangereuse, et très célèbre est l'épisode de sa tentation, où le diable qui aurait pris l'apparence d'un cochon, lui aurait proposé des jeunes femmes désirables à souhait, et à laquelle il aurait résisté, le cochon devenant alors un paisible compagnon : cette péripétie a été reprise en romans (Flaubert), en peinture (Teniers, Bosch, Tiepolo, Véronèse, Cézanne, Dali) et en musique. Il fut élaboré le cénobitisme, qui conseille aux ermites de se regrouper : il y eut jusqu'à 10 000 ermites en Égypte. Arles se targue de conserver les reliques du saint. Il est souvent représenté avec un cochon à ses pieds ou tenant une clochette. Il est invoqué depuis une 'épidémie' d'ergotisme qui eut lieu en France au XIe siècle et pendant laquelle les prières qui lui furent dédiées auraient permis de nombreuses guérisons.